Carlos Ghosn : les dessous de l’évasion

C’est une fuite digne d’Hollywood : le patron d’un des plus grands groupes automobile au monde, arrêté puis assigné à résidence au Japon, s’échappe du pays sans se faire repérer… Mais pourquoi Carlos Ghosn a-t-il été incarcéré ? Comment a-t-il réussi à s’évader ? On vous raconte les secrets de ce scénario rocambolesque.

Les infos pour briller en soirée

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La discrétion ? Pas pour Carlos Ghosn

Rester discret, ce n’est pas vraiment le style de Carlos Ghosn. A son arrivée au Liban, il a voulu mettre le monde entier au courant (et narguer les Japonais au passage). Il a publié une photo de lui célébrant la nouvelle année 2020 au côté de sa femme, verre de vin à la main. Il a aussi envoyé un communiqué triomphant, où il écrit entre autres : « Je ne suis plus l’otage d’un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité. Je n’ai pas fui la justice, je me suis libéré de l’injustice. » Il a même organisé une conférence de presse quelques jours plus tard.

2

Carlos Ghosn est aussi poursuivi en France

Il n’y a pas qu’au Japon que Carlos Ghosn a des ennuis. En France, il est aussi visé par des enquêtes judiciaires. La première porte sur des soupçons d’abus de biens sociaux, abus de confiance et blanchiment. Le financement de deux soirées organisées au Château de Versailles en 2014 et 2016 est passé à la loupe. Des contrats de mécénat ont été passés entre Renault et le Château, alors qu’il s’agirait de soirées d’ordre privé. Ainsi, pour son mariage, Carlos Ghosn n’avait pas eu à dépenser un centime pour la location du Grand Trianon, évaluée à 50 000 euros. 

Il y a aussi des soupçons d’abus de biens sociaux et de corruption active et passive… Carlos Ghosn n’en a donc pas terminé avec la justice.

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Chez les Taylor, c’est mise en examen en famille 

Comme son père Michael Taylor, Peter Taylor a lui aussi été mis en examen au Japon en mars dernier. C’est d’ailleurs lui qui aurait fait les repérages nécessaires à l’évasion au Japon : il est soupçonné d’avoir fait entre autres les réservations d’hôtels et autres activités logistiques, en étant en lien avec Ghosn lui-même et des proches. Les enquêteurs américains ont retrouvé la trace d’échanges financiers : pour leurs services à l’ex-PDG, 862 500 dollars (environ 717 200 €) ont été versés depuis les comptes des Ghosn à une société de Peter Taylor. 

Lui et son père ont été arrêtés dans le Massachusetts, aux États-Unis. Après avoir épuisé tous leurs recours, ils ont été extradés au Japon et incarcérés… dans la prison qui a accueilli Carlos Ghosn en 2019. Ils risquent trois ans de prison. Georges-Antoine Zayek, le troisième complice, est lui toujours recherché.

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La compagnie turque des jets privés a aussi eu des ennuis

La compagnie aérienne privée turque qui opérait les jets utilisés par Carlos Ghosn pour s’enfuir a fait les frais de cette évasion. MNG Jet a dénoncé en janvier l’utilisation « illégale » de deux de ses appareils et a porté plainte.

Elle rejette la responsabilité sur un employé, qui aurait falsifié les registres de vol pour que n’apparaisse pas le nom de Carlos Ghosn. Cet employé dit avoir subi des pressions et menaces pour s’exécuter. 

Sept Turcs avaient été arrêtés, trois (deux pilotes et le dirigeant de la compagnie) ont finalement été condamnés à des peines de prison dans leur pays.